Effort, pour quoi le faire ?
Le passage d’une rive à l’autre nécessite de traverser soit un pont ou directement la rivière (qui se
situe au milieu de ces deux rives) ou d’une tout autre façon au gré de ta fantaisie, de tes moyens du
moment et de la situation même des deux rives.
Pour quelle raison as-tu envie d’aller de l’autre côté ? Peut être de la curiosité ? Ou la sensation
moins palpable – que l’herbe y sera plus verte ! Ou une envie de changement, de sortir de ta zone de
confort et relever un défi… pour toi ! Ou par obligation, peut être.
Tu te prépares à vivre cette aventure. Tu t’entoures de conseils d’aventuriers aguerris, des experts te
propose des moyens, du matériel pour traverser. Puis tu planifies les étapes de cette aventure, tu
écoutes (ou pas) l’enthousiasme des uns, les inquiétudes des autres. Tu « mesures » les risques, les
contraintes, les bénéfices et les avantages de ladite traversée ! Tu calcules le temps prévisible pour
une telle traversée. Bien, tout est organisé. Allez, cela y est, tu te lances dans une aventure où tu vas
quitter une rive pour en rejoindre une autre.
Cette rive que tu quittes, t’en connais tous les recoins, tu sais qu’à certains endroits il y a un
éboulement, à un autre c’est un peu marécageux tandis que plus loin c’est plutôt sec. Et puis, il y a
ces endroits que tu affectionnes plus particulièrement où l’herbe forme comme un tapis de mousse,
aussi douillet que confortable. Tu t’es habitué·e à cet espace, tu y as vécu des expériences. Tu as de
l’appréhension à quitter cet endroit, des doutes et des craintes. Et si tu échouais ? Et si tu
réussissais ?
Te voici prêt·e à franchir la rivière. Sur la rive, derrière toi, il y a des regards d’encouragement et tu
perçois également certaines mines où il te semble lire de la désapprobation et de la crainte. Tu
prends une profonde inspiration et tu te lances. Tu es à la fois fébrile et exalté·e. Tel un ballon
gonflé à l’hélium, tu te sens poussé·e des ailes. Tu as revêtu mes habits d’aventurier·e, tu as en
bandoulière tout le matériel et les moyens disponibles pour traverser. Tu as également le soutien de
tes proches mais cette traversée tu dois la faire seul·e, c’est ton choix, ta décision. Tu es confiant·e
et anxieux·se à la fois. La traversée commence bien, le lit de la rivière est plus instable que prévu
mais après quelques pas hésitants, tu sens que tu te positionnes plus aisément. Le courant te
demande une consommation d’énergie plus grande que celle évaluée pendant la préparation. Tu
trébuches, bois la tasse, me relève. Soudain, un arbre vient à ta rencontre (c’était pas prévu, ça !). Tu
l’évites de justesse mais la bandoulière de ton sac s’agrippe à une des branches (ou est-ce une
racine?), tu n’as pas le temps de voir que cet arbre t’emporte dans son sillon et hop, tu bois la tasse,
et hop, ta tête heurte un rocher et hop, tu sens une douleur quelque part. Tu arrives enfin à t’agripper
à cet arbre, tu cherches à libérer ton sac. Te voici, maintenant dans un endroit où le courant est plus
rapide et les secousses t’empêchent de libérer la bandoulière de ton sac. tu tires, tu rages, tu cris et
une secousse plus violente te projette sous l’eau ce qui dégage la bandoulière de ton sac et d’une
poussée sur tes pieds (ah ! Tiens, c’est une cheville qui te fait mal!), tu arrives à sortir de l’eau mais
pas du lit de la rivière. Tu ne sais plus trop où tu es mais tu veux à tout prix regagner l’autre rive.
Alors tu continues, il te semble que tu nages, puis le niveau de l’eau baisse et devient à nouveau plus
calme et tu te redresses. Tu reprends ton souffle. Tu traverses les derniers mètres et te voici enfin
sur l’autre rive (la nouvelle). Tu as atteint ton but ? Non, tu n’es pas à l’endroit voulu, ceci est juste
une étape où tu as pris bien plus d’énergie que prévue, bien plus de temps aussi… Alors, tu fais le
point, tu rages un bon coup, tu pleures aussi (cela libère…) et tu entreprends cette itinérance pour
rejoindre ton objectif final… Tu ignores si tu réussiras mais tu es heureux·se d’être sur ce chemin où
tu as côtoyé l’adversité et la persévérance, tu as goûté à l’effort (pas toujours agréable), et à la
frustration. Tu ignores ce que te réserve demain et tes doutes sont présents mais tu t’appuies sur tes
expériences d’hier (de ton passé) pour nourrir ton « moi », ta satisfaction et ton rêve.
Alors, tu peux le dire… oui, la vie nécessite des efforts et ça vaut le coup…